SÉNAT
Egalité femmes-hommes : faire rimer ruralité avec parité

La délégation aux droits des femmes du Sénat qui a inscrit à son agenda 2021 un rapport sur la situation des femmes dans les territoires ruraux, auditionnait récemment, la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno et le secrétaire d’Etat à la Ruralité, Joël Giraud.

Egalité femmes-hommes : faire rimer ruralité avec parité
La ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno et le secrétaire d’Etat à la Ruralité, Joël Giraud, ont été auditionnés par la délégation aux droits des femmes du Sénat. ©Actuagri

« L’égalité hommes/femmes n’est pas négociable. Mais il reste beaucoup de chemin pour y parvenir en milieu rural », a affirmé la ministre Élisabeth Moreno devant les membres de la délégation aux droits des femmes. Avec le Sénat et son collègue Joël Giraud, elle entend lutter contre les « nombreuses discriminations », visibles et invisibles dont les femmes rurales sont souvent victimes. « Elles ont du mal à accéder au foncier, aux soins, aux transports mais aussi à la justice » en comparaison de leurs homologues citadines et vis-à-vis des hommes ruraux, a souligné Élisabeth Moreno.

Ainsi, sont-elles plus exposées que les femmes urbaines à la précarité de l’emploi : 13 % pour les premières ; 21 % pour les secondes. De plus, elles sont « cantonnées dans des secteurs moins rémunérateurs car l’orientation reste genrée. Or les femmes rurales peuvent très bien exercer tous les métiers de l’agriculture », a renchéri la ministre. Sans doute faudrait-il muscler l’offre de parcours supérieurs courts type BTS dans les zones rurales, a proposé le sénateur Jean-Michel Arnaud (Union centriste, Hautes-Alpes)

Rattraper le retard

Pour sa part, le secrétaire d’Etat Joël Giraud regrette que le thème de l’égalité hommes-femmes n’ait pas été inscrit à l’Agenda rural. « Il y a aussi un sujet absent : le problème LGBT », a-t-il ajouté, sans détailler. L’un de ses objectifs est de lutter contre les violences faites aux femmes et d’augmenter le nombre d’intervenants sociaux en gendarmerie (lire encadré) ainsi que le nombre de places d’hébergement disponibles pour accueillir les femmes en détresse, seules ou avec leurs enfants. Elisabeth Moreno a rappelé que 923 places sur les 1000 prévues avaient déjà été ouvertes mais que la crise du Covid a ralenti leur mise en place. « Il en reste encore 1073 à ouvrir et nous allons accélérer d’ici la fin de l’année 2021 », a-t-elle dit. La sénatrice Marie-Pierre Monier (Socialistes et Républicains, Drôme) s’est agacée « de ne pas voir les 14 places promises au département de la Drôme, ni les intervenants sociaux dans les gendarmeries ».

De même pour favoriser la parité et donner plus de visibilité aux femmes à travers un rôle d’élu, faudrait-il revoir le code électoral et établir un scrutin de liste pour les communes de moins de 1000 habitants, a suggéré le sénateur Jean-Michel Arnaud. En effet, elles constituent le plus gros contingent des communes françaises : 25 454 sur 35 497, soit 72 %. Et seulement 22,4 % des femmes sont maires de ces communes très rurales. Bien qu’il y soit « favorable à titre personnel », Joël Giraud rappelle que « toutes les associations d’élus ne semblent pas être d’accord sur le sujet ». Pour Elisabeth Moreno, seule une loi avec des quotas comme l’a établi la loi Copé-Zimmermann pourra permettre de rattraper le retard. Tous ces sujets seront très certainement débattus à l’occasion du 50e anniversaire de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) en septembre prochain. Un anniversaire qui devrait être concomitant avec la publication du rapport de la délégation sénatoriale. 

Christophe Soulard

Les intervenants sociaux en gendarmerie

Les missions des intervenants sociaux en police et gendarmerie ont été définies par une circulaire du 21 décembre 2006. Ce sont des travailleurs sociaux, hommes ou femmes, employés par des collectivités territoriales (conseils départementaux, intercommunalités ou communes) ou des associations au profit des victimes. Ils ont notamment un rôle d’accueil et d’écoute active, d’intervention sociale de proximité selon la situation de crise, voire d’urgence. Ils participent aussi au repérage précoce des situations de détresse sociale afin de prévenir une éventuelle dégradation. Ils peuvent également faciliter le dialogue interinstitutionnel entre les services de sécurité publique et la sphère socio médico-éducative. La prise en charge des publics dits « invisibles » évite souvent une dégradation des situations et limite les nouvelles sollicitations des forces de l’ordre. Ces intervenants qui exercent aussi dans les commissariats, sont aujourd’hui au nombre de 349 dont 132 en gendarmerie.