BILAN CLIMATIQUE
Un mois de mars ensoleillé et très sec

Si les températures ont été globalement proches des normales de saison en mars, la pluviométrie a été en revanche très déficitaire. Largement dominé par un anticyclone, le troisième mois de l’année a été particulièrement ensoleillé mais surtout très sec.

Un mois de mars ensoleillé et très sec
La fin du mois de mars a été marquée par trois journées presque estivales avec une douceur exceptionnelle et généralisée et des records de températures. Les pluies ont été en retrait en Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté durant ce mois de mars. ©SD

Le pic de chaleur dans les tout derniers jours n’aura pas réussi à inverser la tendance d’un mois de mars qui a affiché des températures proches des normales. La température mensuelle moyenne a atteint 9 °C en France métropolitaine, en hausse de seulement 0,2 °C par rapport aux relevés de saison (période de référence 1981-2010), indiquait le 8 avril le ministère de l’Agriculture dans sa note de climatologie pour mars. Il y a eu très peu de températures excédentaires, sauf dans l’extrême Nord, les Alpes et le midi toulousain, précise pour sa part la Chaîne météo dans son bilan climatique mensuel publié le 31 mars sur son site Internet.

Les nuits ont été froides, les gelées fréquentes et les journées douces. L’écart à la normale est resté globalement assez faible partout dans le pays et n’a pas dépassé 0,5 °C, complète Agreste. A partir du 29 mars en revanche, l’été a fait une brusque apparition et les thermomètres se sont affolés. « Les 30 et 31 ont été les journées les plus chaudes jamais observées en mars au niveau national », commente Agreste. 

Un indice d’humidité des sols en déficit

Les précipitations se sont faites rares dès la mi-février et le phénomène s’est accentué en mars, faisant du troisième mois de l’année un mois très sec, avec des pluies en retrait de 50 % en moyenne. Malgré un passage pluvieux en milieu de mois, « le déficit pluviométrique concerne l’ensemble du territoire, un peu moins le Nord-Est », précise Agreste. Le manque d’eau a été d’autant plus marqué dans le Sud-Est (- 84 %), le Sud-Ouest (- 68 %) et l’Ouest (- 60 %).

Le cumul depuis septembre 2020 reste cependant normal au plan national, confirme le ministère de l’Agriculture, voire excédentaire dans le Sud-Ouest et la Corse. Reste que l’indice d’humidité des sols au 1er avril est en retrait sur tout le territoire, laissant présager les prémices d’une prochaine sécheresse, avec des sols très secs dans le Sud-Est et plus particulièrement dans le Languedoc.

Aura : jusqu’à – 90 % de pluies localement

En région Auvergne-Rhône-Alpes, mars a été plus doux que février mais dans des proportions raisonnables, analysait Météo France dans son résumé mensuel régional le 7 avril. La température moyenne régionale s’est établie à 5,7 °C sur le mois et l’écart à la normale n’a été « que » de + 0,4 °C. Côté précipitations en revanche, le déficit constaté en France se confirme en Aura. Il a été en moyenne de 35 %, soit moins qu’au plan national, mais les disparités sont importantes. « A l'échelle départementale, le taux de déficit est fortement inégal d'un secteur à l'autre : voisin de 25 % sur l'Allier, 37 % sur le Rhône, 47 % sur le Cantal... Le manque d'eau le plus marqué se situe sur l'Ardèche et une partie de la Drôme avec 85 à 90 % de déficit localement. En revanche, quelques secteurs sur le Puy-de-Dôme et les Alpes connaissent des pluies proches de la normale, voire supérieures de 10 à 15 % », résume ainsi Météo France.

Mi-mars, la neige est retombée sur les massifs auvergnats et les Alpes du Nord, avec près de 50 cm de neige fraîche à certains endroits, recense la Chaîne météo. Ce passage perturbé a été suivi fin mars par un retournement de situation soudain et l’arrivée prématurée de l’été. Les 30 et 31 mars, des records de températures ont été battus un peu partout : Valence-Chabeuil (Drôme) : 25°C ; Sablons (Isère) : 27,2°C ; Bourg-Saint-Maurice (Savoie) : 25,6°C ; Mont-Arbois (Haute-Savoie) : 16,8°C ; Bellegarde-sur-Valserine (Ain) : 25,4°C ; Annonay (Ardèche) : 25,5°C ; Grammond (Loire) : 22,9°C ; Lyon-Bron : 26°C ; Annecy-Meythet : 24,3°C.

Températures contrastées en BFC

En région Bourgogne-Franche-Comté, « mars se caractérise par une grande variabilité des températures et assez peu de périodes perturbées », déclarait Météo France dans son résumé mensuel régional le 7 avril. Le début du mois a été largement printanier, puis l’hiver a fait son retour vers la mi-mars, entre le 15 et le 22, avec des chutes de neige. « Le 19 notamment, le mercure ne dépasse pas l'après-midi 2,7 °C à Saulieu (Côte-d’Or), 3,5°C à Château-Chinon (Nièvre), 5,1 °C à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), 6 °C à Autun (Saône-et-Loire) contre une normale de 12°C », note Météo France.

Si par la suite les nuits sont restées fraîches et les gelées persistantes, les maximales ont commencé d’augmenter au fil des jours pour atteindre des niveaux de douceur exceptionnels pour la saison en toute fin de mois. En ce qui concerne les niveaux des pluies en mars, ils ont été en retrait en BFC aussi, « avec un déficit moyen de 29 %. Le déficit s'élève jusqu'à 57 % à Dole (Jura) et 50 % à Autun et Epenoy (Doubs) », constate l’organisme de météorologie. L’eau est tombée essentiellement lors de la deuxième décade, le reste du mois ayant été en BFC, comme ailleurs, relativement sec.

Sébastien Duperay

NAPPES PHREATIQUES / Situation mitigée pour les nappes régionales

A fin février, les nappes avaient dans leur ensemble bénéficié de l’essentiel de leur recharge hivernale, indiquait le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son bulletin de situation hydrogéologique au 1er avril, publié le 12 avril. « Les déficits pluviométriques de ces dernières semaines sont survenus après une recharge hivernale très excédentaire des nappes. Les conséquences sur les niveaux dépendent de la sensibilité des nappes à cette sécheresse météorologique. Ainsi, la situation s’est dégradée en fin d’hiver sur les nappes réactives mais est restée constante sur les nappes inertielles. En mars 2021, la situation est globalement satisfaisante, avec des niveaux modérément bas à modérément hauts », précise le BRGM. Ainsi, les nappes les plus sensibles aux manques de pluies sur le mois de mars sont les « nappes des calcaires jurassiques du Bassin parisien (Lorraine, Côtes de Bars, Berry et Bessin), nappes alluviales, plio-quaternaires et calcaires du Bassin aquitain, nappes du socle de Bretagne et du Massif Central, nappes alluviales et karstiques du pourtour méditerranéen et de Corse ». A l’inverse, « la recharge hivernale perdure et les niveaux sont en hausse ou stables sur les nappes inertielles du centre du Bassin parisien et du couloir Rhône-Saône ». Au niveau régional, la situation du mois de mars reste cependant tendue sur les nappes des couloirs du Rhône et de la Saône notamment, précise le BRGM. « La nappe alluviale de la plaine d’Alsace, la nappe des cailloutis du Sundgau et des alluvions de Bourgogne-Franche-Comté, des alluvions et corridors fluvio-glaciaires du Rhône amont et moyen enregistrent des niveaux modérément bas à proches des moyennes mensuelles », conclut l’organisme.

S.D. avec communiqué