EMPLOI
De nouveaux modes de management émergent

Marque employeur, compagnonnage : de nouveaux modes de management se développent, constate Vivea, le fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant. Un phénomène lié à une diversification de la main-d’œuvre agricole, comprenant moins d’exploitants et plus de salariés.

De nouveaux modes de management émergent
Marianne Dutoit, présidente de Vivea, le fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant. ©Vivea

Moins familiale qu’avant, l’exploitation agricole voit se développer de nouveaux modes de management. Selon Marianne Dutoit, la présidente de Vivea : « Si on est bon dans le savoir-faire, on n’est pas super bon dans le savoir-être ». Deux tables rondes consacrées à l’innovation managériale ont dressé quelques pistes d’amélioration. Un évènement dans le droit fil d’une priorité de Vivea, qui est de « développer l’efficacité et la qualité de vie au travail ». Il s’agit de créer de nouvelles formes de collaboration entre exploitant et salarié, a expliqué Marianne Dutoit. Car la main-d’œuvre agricole s’est diversifiée. Plus d’un actif permanent sur cinq est salarié, selon une présentation de Jean-Noël Depeyrot, chargé de mission au CEP (Centre d’études et de prospectives) du ministère de l’Agriculture. Le secteur compte 496 000 chefs d’exploitation et coexploitants pour 772 000 salariés. D’un côté, les effectifs plongent entre 2010 et 2020 (- 18 % d’exploitants), de l’autre, l’évolution reste limitée (- 4 % de salariés). Mais l’autre tendance forte est un turn-over massif : la moitié des saisonniers, le tiers des salariés en CDD quittent le secteur agricole chaque année.

Rougeline, marque employeur

Des initiatives visent à corriger le phénomène. « Se former en ressources humaines, en management, c’est fondamental, a souligné Céline Camgrand Vila, agricultrice chez Paysans de Rougeline. Il en va de la performance de l’entreprise. » Coopérative de fruits et légumes, Paysans de Rougeline met en place une marque employeur. La démarche s’appuie sur un site internet à l’attention des saisonniers, avec la possibilité de postuler en ligne. Des pancartes identifiée Paysans Rougeline « Ici, on recrute » sont déployées sur les exploitations au bord de routes passantes. Une présence sur Facebook est assurée en parallèle. Cette année, la coopérative instaure un parcours d’intégration des nouvelles recrues en contrat de saisonnier. L’occasion de présenter l’entreprise, son fonctionnement. Une large partie du personnel est impliquée, pas seulement les chefs d’équipe mais aussi les administratifs. Résultat, de très bons retours d’expérience sont signalés. La marque employeur est également un axe de travail à la FRSEA Bretagne. En partenariat avec l’Anefa (Association paritaire pour l’emploi et la formation), le réseau accompagne les exploitants dans l’élaboration de leurs offres d’emploi. « Sur un marché du travail très concurrentiel, l’entreprise ne doit pas se limiter à l’expression d’un besoin. Elle doit se vendre », a expliqué le chargé de mission Emploi et Formation Thomas Ligavan. L’idée est de mettre en avant ce qui différencie l’offre d’emploi, comme l’accès à des services sur la commune, des facilités d’hébergement, selon lui.

Cooperl développe le compagnonnage

Plus original, la société de formation Sodimedia a proposé à la Cooperl de se lancer dans le compagnonnage, en s’inspirant du monde des artisans. « Devenir un compagnon Cooperl, c’est intégrer un parcours individualisé en étant formé dans des élevages sélectionnés pour y acquérir toutes les compétences requises aux métiers de l’élevage porcin », décrit la coopérative bretonne sur son site internet. C’est bénéficier d’un apprentissage progressif dont la durée est modulable et qui s’adapte à chaque profil, jeunes en formation ou adultes en reconversion. « Et c’est la garantie de vivre une aventure humaine riche en expériences. » 63 compagnons et 59 maîtres font partie de la troisième promotion 2022-2023 chez Cooperl. Ce système de transmission de connaissances et de formation à un métier permet à la coop de disposer d’une main-d’œuvre « à haut degré de productivité », a considéré Nona Barazer, chef de projet Sodimedia.

J-C.D