BILAN CLIMATIQUE
Un mois de mai particulièrement capricieux

Des températures froides et des pluies parfois très fortes ont marqué le mois de mai. Des précipitations qui ont été les bienvenues pour les sols et la végétation, mais n’ont pas réussi à inverser la situation des nappes dans l’Est après trois mois d’un temps sec.

Un mois de mai particulièrement capricieux
La pluie a fait son grand retour en mai. Lors de l’épisode pluvieux du 10 mai, de très forts cumuls ont été enregistrés en régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-France-Comté. ©SD

Il faut remonter à 2013 pour retrouver un mois de mai plus frais que cette année, commentait la Chaine Météo dans son bilan climatique mensuel publié sur son site Internet le 31 mai. La température du mois de mai s’est établie à 13,9 °C en moyenne sur le pays, en retrait de 1,3 °C par rapport aux relevés de saison (période de référence 1981-2010), indiquait le 8 juin le ministère de l’Agriculture dans sa note de climatologie pour mai. Cet écart a été plus marqué dans le Centre-Est et le Nord, avec - 1,5 °C, mais surtout dans le Nord-Est en déficit de 2,1 °C par rapport aux normales ! « Le printemps se termine sur un déficit moyen de 0,6 °C sur le trimestre, c’est le plus froid depuis 2013 », poursuit Agreste.

Des pluies bienvenues

Après un manque d’eau inquiétant en avril, où une sécheresse de surface commençait à s’installer, on retrouve un mois de mai assez arrosé cette année. Ces pluies, qui ont été les bienvenues, ont été excédentaires de 29 % sur l’ensemble du territoire métropolitain. Le surplus varie selon les régions : de + 18 % dans l’Ouest à + 37 % dans le Nord-Est, en passant par + 22 % dans le Sud-Est ou + 26 % dans le Centre-Est. Le mois de mai a surtout été marqué par une perturbation très active dans la journée du 10 mai, avec des pluies record par endroits, notamment à Lyon, où l’on a enregistré plus de 100 mm en 24 heures et où, de fait, l’excédent mensuel a été de 97 % ! Si la sécheresse de surface s’est atténuée en mai, le cumul des précipitations depuis le 1er mars reste globalement en retrait de 18 % sur le pays (- 13 % dans le Centre-Est), allant jusqu’à - 32 % dans le Sud-Ouest et - 37 % dans l’Ouest.

Le temps de ce mois de mai a été plutôt perturbé. Une dégradation orageuse est apparue le 9 mai. Elle a été suivie entre le 10 et le 12 mai d’un épisode pluvieux très actif, dans le Centre-Est et en Rhône-Alpes : les pluies ont été abondantes avec des records et des inondations. Le 14 mai, une tornade de faible intensité s’est produite dans la région de Dijon et des orages de grêle ont sévi dans les Pyrénées en fin de mois.

Fraicheur, pluie et vent en régions

En région Auvergne-Rhône-Alpes, la fraicheur d’avril s’est poursuivie et accentuée en mai, avec 10,7 °C seulement de moyenne régionale soit - 1,7 °C par rapport à la normale, analysait Météo France dans son résumé mensuel régional le 5 juin. Côté pluies, « si avril était plus sec, mai connaît un excès global de 40 % pour un cumul régional de 155,5 mm, avec néanmoins des disparités locales où elle est déficitaire », complète le bilan météorologique. La région a été touchée le 9 mai par des vents tempétueux : dans la Loire, il a soufflé jusqu’à 116 km/h à Saint-Etienne, 115 km/h à Saint-Chamond et 110 km/h à Chalmazel. Cet épisode a été suivi le 10 mai par une journée de pluies très soutenues avec de forts cumuls. Dans la Loire : 139,6 mm à Bourg-Argental et 88,3 mm à Grammond. En Ardèche : 265,1 mm à Barnas, 257,9 mm à Montpezat-sous-Bauzon, 232,3 mm à Sablières, 163,9 mm au Cheylard et 142,2 mm à Annonay. Dans le Rhône : 105,9 mm à Lyon-Bron, 103,4 mm à Lyon-St-Exupéry, 101,6 mm à Mornant et 86,5 mm à St-Symphorien-sur-Coise. Enfin, dans l’Ain : 98,1 mm à Ambérieu-en-Bugey et 82,9 mm à Ceyzériat.

En région Bourgogne Franche-Comté, le temps est resté là aussi très frais tout le mois de mai. La température régionale moyenne a atteint 11,5 °C, soit 2 °C de moins que la normale, « ce qui fait de ce mois de mai le dixième plus froid depuis 1947 », indiquait Météo France dans son résumé mensuel régional le 4 juin. Un front perturbé a abordé la Bourgogne entre le 9 et le 10 mai et, comme pour sa voisine du Sud, la région BFC a enregistré de très fortes pluies le 10. Dans le Jura : 93,8 mm à Saint-Julien, record quotidien tout mois confondus depuis 1996, 62,8 mm à La Pesse ou encore 62,2 mm à Lons-le-Saunier. En Saône-et-Loire, il a plu 57,2 mm à Mâcon. « Avec 149 mm d'eau en moyenne, mai 2021 se place comme le cinquième mois de mai le plus arrosé depuis 1959. L'excédent de pluie atteint 49 % de la normale en moyenne. Les pluviomètres relèvent au total entre 90 et 150 mm sur la Bourgogne, et entre 120 et 300 mm en Franche-Comté », complète Météo France.

Des nappes à surveiller

Si les pluies du mois de mai ont été salutaires, elles ont surtout profité aux sols très secs et à la végétation en plein croissance, a alerté le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) lors d’une web-conférence le 11 juin. Le BRGM s’appuie sur les indicateurs issus de 32 nappes en France, chacune faisant l’objet de plusieurs dizaines de points de contrôle. Le niveau des nappes au 1er mai fait ainsi apparaitre une très bonne recharge hivernale sur une grande partie de la France, sauf dans l’Est, et en particulier l’Alsace, les régions BFC, Aura et Paca, a indiqué Violaine Bault du BRGM. Mais les trois mois secs en sortie d’hiver et au début de printemps ont fortement dégradé la situation au 1er juin, a-t-elle complété. « Cela peut paraitre très étonnant, car il a beaucoup plu. Mais ce sont surtout les sols de surface qui en ont profité et très peu d’eau est arrivé jusqu’aux nappes. »

A contrario, l’Alsace, BFC et Aura, plutôt pénalisées avant mai, ont vu leur situation quelque peu s’améliorer sous l’effet de cumuls de pluies particulièrement abondants par rapport au reste du pays. « Pour les nappes superficielles des alluvions du Rhône et de la Saône, les affluents ont été bien rechargés. En revanche, les nappes plus profondes de la Bresse ou du Dauphiné ont été peu rechargées, car les pluies ne sont pas redescendues », a détaillé Violaine Bault. Ce qui explique, selon elle, que plusieurs départements aient déjà pris des mesures sécheresse en prévision d’un été que Météo France annonce chaud et sec.

Sébastien Duperay

PRAIRIES / Gel et manque d’eau ont ralenti la pousse qui revient dans la norme

Après un début de saison excédentaire, la pousse cumulée des prairies permanentes revient, au 20 mai, dans la norme avec une production inférieure de 3 % à la pousse de référence, estime le service de statistique du ministère de l'Agriculture (Agreste) dans sa note de conjoncture Prairies du 1er juin. L’important gel de début avril couplé à un manque d'eau au début du printemps ainsi que la fraîcheur persistante en avril et mai ont en effet ralenti les rendements. La situation est très contrastée du nord de l’Hexagone, où la pousse est légèrement excédentaire, au sud fréquemment déficitaire. « En Occitanie, le déficit de pousse est important dans la partie Ouest, il est plus modéré près des Pyrénées et la pousse est même excédentaire dans la partie méditerranéenne », explique la note. Les zones littorales de l’Aquitaine sont également fortement déficitaires. A l’inverse la pousse est normale dans le reste de la région. En Auvergne-Rhône-Alpes, la pousse est faible dans le Sud du Massif-Central et proche de la normale dans le Nord de la région.