BILAN CLIMATIQUE
Du froid et un manque d’eau inquiétant en avril

Il a fait particulièrement froid en avril, les gelées ont été fréquentes avec un épisode de gel exceptionnel en début de mois qui a sévèrement impacté les cultures. L’eau a également beaucoup manqué, après un mois de mars déjà déficitaire.

Du froid et un manque d’eau inquiétant en avril
Avec des températures inférieures aux normales, avril 2021 a marqué une véritable rupture après plusieurs années où le quatrième mois de l’année était plutôt chaud. En revanche, il a fait sec, après un mois de mars déjà en manque d’eau. ©SD

Il a fait froid, très froid même en ce mois d’avril ! La température mensuelle s’est établie à 10,5 °C en moyenne sur le pays, en retrait de 0,7 °C par rapport aux relevés de saison (période de référence 1981-2010), indiquait le 7 mai le ministère de l’Agriculture dans sa note de climatologie pour avril. Avril 2021 a ainsi marqué une véritable rupture après plusieurs années où le quatrième mois de l’année était plutôt chaud, comme en 2018 ou 2020, mais surtout en 2007, où les températures d’avril avaient dépassé de 4 °C les normales, rappelait la Chaine Météo dans son bilan climatique publié le 30 avril sur son site Internet. Les gelées ont également été fréquentes, « parfois plus nombreuses que sur des mois d’hiver ».

La pluviométrie a enregistré un déficit de 41 % en avril, après un mois de mars déjà en recul de 50 % en moyenne. Le manque d’eau a été général, sauf dans l’extrême Sud-Est, où Nice a notamment eu + 77 % de pluies. Le Nord-Est (– 44 %), le Nord (– 48 %), mais surtout le Sud-Ouest (– 67 %) et l’Ouest (– 73 %) ont été particulièrement concernés. A contrario des températures plus faibles que les années précédentes, le manque d’eau sur avril est une récurrence sur les vingt dernières années, particulièrement marquée sur la dernière décennie. Résultat : « Les précipitations cumulées depuis le début du printemps sont déficitaires de 45 % en moyenne », indique Agreste.

Episode exceptionnel de gel 

Parmi les événements climatiques qui marqueront sans doute les esprits pendant encore longtemps, un épisode de gel a touché dix régions sur treize début avril. Exceptionnel par son étendue, son intensité (avec des températures jusqu’à – 8 °C / – 9 °C) et sa durée (entre 3 et le 12 avril), il a occasionné des dégâts majeurs sur les cultures fruitières, maraichères, viticoles et céréalières qui étaient très en avance cette année. Les dégâts sont toujours en cours d’estimation mais ils s’annoncent très importants. Il faut remonter aux années soixante-dix pour connaitre un événement d’une telle ampleur. 

Avec les températures très basses du mois d’avril, la neige est tombée jusqu’en milieu de mois. Fin avril, des averses orageuses ont traversé le pays, donnant des précipitations parfois fortes et de la grêle.

Aura : un gel très fort et peu de pluies

En région Auvergne-Rhône-Alpes, le déficit thermique a touché pratiquement tous les départements, avec en moyenne – 0,7 °C par rapport à la normale, analysait Météo France dans son résumé mensuel régional le 7 mai. « Au niveau des températures moyennes, les départements alpins présentent un manque parfois marqué (– 3 °C par rapport à la normale à La Mure, Isère) alors qu'à l'Ouest de la région un petit excédent se dégage (+ 0,5 °C à Maurs, Cantal). » La fraîcheur est due à des températures minimales très basses (– 1,2 °C en moyenne).

L’épisode de gel début avril a été particulièrement sévère en Aura, puisque la région est l’une des plus touchées du pays. « Après une période d'une extrême douceur de fin mars à début avril, le mercure chute brutalement à partir du 7 avril. En quelques jours, on perd 10 à 15 °C suivant les postes. A la faveur d'un ciel clair et en l'absence de vent, les nuits du 7 et 8 avril sont très froides », rapporte Météo France. Conséquences : une végétation très en avance fauchée par des gelées records les 7 et 8 avril. Côté précipitations, le déficit moyen en Aura atteint 37 % mais est inégal : « Seule la Drôme bénéficie d'une bonne pluviométrie (133 % de la normale à Montélimar) alors que l'Ouest de la région est peu arrosé (35 % de la normale à Aurillac) ».

BFC : retour d’un temps hivernal

En région Bourgogne Franche-Comté, la température moyenne régionale a atteint 8,3 °C en avril, soit environ 1 °C en dessous de la normale, indiquait Météo France dans son résumé mensuel régional le 6 mai. « Après les records de chaleur fin mars, c'est une ambiance bien fraiche qui s'installe en avril dès le 3. […] Un temps hivernal est même temporairement de retour du 6 au 7 avec de la neige, blanchissant les sols par endroit à basse altitude. »

Les gelées ont également été très fréquentes en début de mois, provoquant des dégâts en viticulture et grandes cultures. Concernant la pluviométrie, « A l'échelle de la région, il est tombé seulement la moitié de la normale », confirme Météo France, avec des départements particulièrement secs, la Côte-d’Or et le Territoire de Belfort.

Sébastien Duperay

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Exceptionnel par son étendue, son intensité et sa durée, l’épisode de gel de début avril a occasionné des dégâts majeurs sur les cultures, qui étaient très en avance cette année. (Ici gel sur vigne en Saône-et-Loire) ©EA71

HERBE / Une pousse excédentaire en ce début de printemps

La production annuelle cumulée des praires est, au 20 avril, 19 % supérieure à la pousse de référence à la même période, observe Agreste dans sa note de conjoncture Prairies du 30 avril. Aussi, 26 % de la pousse annuelle de référence a déjà été réalisée contre 22 % habituellement à la même période. Les trois quarts des régions fourragères sont excédentaires, principalement dans le Nord de l’Hexagone. Si l’Occitanie et la région Paca affichent des pousses normales, certaines régions pyrénéennes, des Causses en Occitanie ou du pourtour méditerranéen en Paca accusent un déficit. « L’absence de précipitations observée depuis mars associée à l’épisode de gel de début avril pourrait ralentir la pousse de l’herbe et avoir des conséquences sur la suite de la campagne », alerte le ministère.

Un nouveau partenariat entre Inrae et Météo France

Dans un communiqué commun du 3 mai, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et Météo France ont annoncé vouloir « intensifier la production et l’échange de données clés en croisant projections climatiques et météorologiques avec des données sur l’agriculture, la forêt, le cycle de l’eau et la biodiversité, leur gestion et les risques associés ». Ce nouveau partenariat, signé pour cinq ans, a notamment pour objectif de « construire, consolider et mettre à disposition de l’ensemble des acteurs de la recherche, des responsables des politiques publiques ou des secteurs économiques, des services essentiels à l’adaptation des territoires face au changement climatique ». Les deux entités veulent développer des méthodes permettant de valoriser les prévisions météorologiques et scénarios climatiques à haute résolution spatiale et temporelle. Elles entendent aussi améliorer la compréhension et la représentation de processus liés au cycle de l’eau et à la végétation ainsi qu’améliorer des modèles numériques « jusqu’à la fourniture de services » comme des outils de veille et d’aides à la décision pour la gestion des systèmes agricoles et forestiers, la gestion de l’eau et l’aménagement du territoire.