RÉFLEXION
Quel modèle coopératif pour demain ?

Le Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) a organisé il y a quelques semaines un webinaire sur le thème : « La gouvernance, un enjeu majeur pour demain ? ». Une question d’importance à l’heure où certaines d’entre elles viennent de traverser des périodes compliquées et où les jeunes générations aspirent à un autre modèle. 

Quel modèle coopératif pour demain ?
« Les nouvelles générations attendent autre chose de la coopération que ce que nous pouvions en attendre il y a trente ans », soutient Dominique Chargé, président de la Coopération agricole. ©Pixabay
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Dominique Chargé est le président de la Coopération agricole. ©LCA

Le modèle coopératif agricole français est-il à un tournant ? Sans préjuger de l’avenir, les membres du HCCA se sont toutefois posé quelques questions qui laissent penser que le système coopératif pourrait évoluer. Plusieurs événements viennent corroborer cette thèse : tout d’abord le fait que certaines agriculteurs déçus des choix stratégiques de leur présidence et de leur direction ont décidé de reprendre en main la conduite des affaires. C’est notamment ce qui s’est passé avec Tereos à la fin de l’année 2020. Ensuite le fait que les députés ont décidé de créer une mission d’information destinée à évaluer les enjeux du système coopératif va être créée en septembre prochain (lire encadré). Il faut ajouter la publication en mars dernier du « Guide des bonnes pratiques sur la gouvernance » des entreprises coopératives agricoles, qui entend remettre l’associé-coopérateur, c’est-à-dire l’agriculteur(trice), au cœur du système décisionnaire.

« Le pouvoir souverain lui appartient », ont en substance rappelé les intervenants lors des tables-rondes, le président du HCCA Daniel Chéron, regrettant au passage le « faible taux de participation » de ces associés aux assemblées générales. « Il faut adapter la coopérative aux conditions économiques et sociales de notre époque », a ensuite plaidé Dominique Chargé, président de La Coopération agricole quand Evelyne Guilhem, présidente de la Cuma Font del Prat et membre du comité directeur du HCCA a exhorté « à renouer les liens entre la coopérative et les agriculteurs » et « à maintenir cette proximité et à être au plus près de leurs attentes ». Sans doute faut-il, pour ce faire, « mieux former les agriculteurs aux enjeux coopératifs », a-t-elle ajouté. « En tenant compte du fait que les nouvelles générations attendent autre chose de la coopération que ce que nous pouvions en attendre il y a trente ans », a renchéri Dominique Chargé. 

Représentatif des adhérents

Recréer cette solidarité territoriale et intergénérationnelle n’ira cependant pas de soi, car « la société s’est individualisée et les jeunes associés-coopérateurs veulent maîtriser leur destin », a précisé le président de La Coopération agricole. Et Daniel Chéron de renchérir : « Nos jeunes agriculteurs coopérateurs n’attendent pas que la transmission d’un savoir mais un esprit plus collaboratif et participatif ». Pour François Lafitte, président de la SCAAP Kiwifruits de France, « il faut faire attention à ceux qui décrochent de la vie de la coopérative quand elle grandit trop. Avec 200 adhérents dans ma coopérative, je connais tout le monde. Les relations sont plus simples », a-t-il dit, en sous-entendant qu’en passant le stade du millier, cette proximité joue moins.

Le conseil d’administration d’une coopérative, quelle que soit sa taille, doit « être représentatif des adhérents, des territoires et des métiers/productions », a souligné de son côté Olivier de Bohan président de Cristal Union qui chapitre « ceux qui critiquent par méconnaissance. Gérer une coopérative sur le court, le moyen et le long terme est compliqué, ce qui peut légitimement générer des frustrations », a-t-il concédé. Il n’en reste pas moins que « les coopératives sont armées pour concurrencer les entreprises privées et aussi pour redonner du sens aux actions de nos associés-coopérateurs », a conclu Daniel Chéron.

Christophe Soulard

À VENIR / Une mission parlementaire en septembre

Le président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le député Roland Lescure (LREM, Français établis hors de France) a annoncé le 24 juin, la mise en place, en septembre prochain, d’une « mission d’information parlementaire destinée à évaluer les enjeux du système coopératif ». Cette annonce fait suite au débat sur la proposition de loi du député Grégory Besson-Moreau « pour une meilleure rémunération des agriculteurs » (appelée Egalim 2). Lors des échanges, certains parlementaires se sont émus des informations partielles ou erronées livrées par certaines coopératives à leurs adhérents sur la construction du prix. Cette mission d’information devrait rendre ses conclusions au printemps 2022.