SALON INTERNATIONAL DE L’AGRICULTURE
L’agriculture est une fête

Margaux Balfin
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Ce mardi le Département de l’Ain a inauguré le stand Saveurs de l’Ain au salon international de l’agriculture. Un moment festif, marqué sous le signe de la construction, après les mobilisations agricoles de ces dernières semaines. 

L’agriculture est une fête
Le Département de l’Ain a inauguré le stand Saveurs de l’Ain mardi 27 février au salon international de l’agriculture. Phot/Simon Badet

À contre-pied de la visite du président de la République samedi dernier, l’ambiance sur le stand de l’Ain était plutôt festive au moment de son inauguration. « C’est le moment où les départements peuvent afficher leur soutien à l’agriculture », a souligné en Deguerry, président du Département de l’Ain. Fidèle défenseur de l’agriculture, le président du Département a tenu à marquer son soutien indéfectible à la profession. Plus de 80 personnes – des élus, des représentants d’OPA, des parlementaires et les services de l’État – se sont ainsi massées pour féliciter les éleveurs et produits primés. Des instants joyeux qui n’ont pas fait obstacle aux messages forts dont Damien Abad, le président d’Aintourisme, s’est fait l’un des porte-paroles : « L’agriculture, ce n’est pas que le sujet des agriculteurs, c’est notre alimentation », quand Michel Joux, le président de la Chambre d’agriculture a de nouveau appelé à un pacte de confiance avec l’État. Chantal Mauchet, préfète de l’Ain, a elle aussi fait le déplacement jusqu’à Paris pour afficher l'appui territorial de l’État aux agriculteurs : « Toutes les forces de l’Ain sont ici réunies. C’est un salon inédit. Nous traversons un moment de crise, et c’est le cri d’alarme d’une profession. Nous devons produire plus et mieux protéger ».
 
Le Pacte de confiance avec l’État en bonne voie
 
À l’instar de ces dernières semaines, la représentante de l’État s’est dite pleinement impliquée au côté des agriculteurs durant cette période de crise. Et de présager sans hésiter : « Quelque chose est en train de se renverser ». Un bon vent arrière dont Justin Chatard, président des Jeunes agriculteurs, entend bien profiter pour amarrer les premiers jalons : « Il y a énormément de travail mais nous sommes prêts à l’emmancher et c’est en travaillant main dans la main que nous y arriverons ». Trêve de flagorneries, « vous êtes entendus », a soutenu allègrement Jean Deguerry. « Avec l’Eau de l’Ain, nous avons même été précurseurs puisque le Premier ministre a annoncé la mise en place de partenariats entre les services de l’État et les départements sur la question de l’eau », a souligné Chantal Mauchet. 

« Ça avance ! »

Soucieuse de savoir si les annonces gouvernementales ont convaincu la profession, la préfète a longuement échangé avec les jeunes agriculteurs et rappelé la mise en place prochaine d’un guichet unique dans les sous-préfectures du département pour aider à l’installation des jeunes. Malgré un pacte de confiance qui semble en bonne voie, Pierre Collet, fraîchement élu secrétaire général adjoint des jeunes agriculteurs de l’Ain, l’a toutefois interpellée sur la question des zones humides. Photo à l’appui, il confie avoir passé son dimanche à tenter de déboucher un tuyau de drain à la pelle situé dans une zone humide. « Pour utiliser une pelleteuse, il faut le déclarer au moins 48 heures à l’avance, je n’avais pas le temps... » « Il faut plus de simplification administrative », surenchérissait Quentin Manigand. C’est justement l’un des dossiers sur lesquels ont planché la profession et la préfète de l’Ain les 6 et 20 février derniers. Et Chantal Mauchet d’en conclure : « Ça avance ! ».

Un pacte de confiance en bonne voie certes, mais dont beaucoup d’agriculteurs ont encore du mal à profiter. À titre d’exemple Chantal Mauchet regrette que seulement 160 agriculteurs de l’Ain aient déposé une demande de remboursement pour le GNR acheté, à la suite du rétropédalage du gouvernement sur la fin de l’avantage fiscal.  
Des échanges vrais et constructifs au cours desquels Gilles Brenon, élu à la Chambre d’agriculture et éleveur sur la commune de Saint-Martin-du-Mont, a alerté la haut-fonctionnaire sur le projet de préservation de la ressource en eau sur l’aire de captages de Péronnas-Lent étudié par Grand Bourg agglomération. Des desseins qui devraient conduire l’intercommunalité à préempter des terres agricoles pour mettre en place des baux ruraux environnementaux. De quoi exaspérer l’éleveur et président du GFAM* de l’Ain qui a demandé une rencontre rapide avec le président de l’agglomération Jean-François Debat. Auquel cas, il promet une opposition organisée. À l’écoute, Chantal Mauchet et Sébastien Vienot, directeur adjoint de la DDT, ont rappelé le rôle d’intermédiation de l’État dans un soucis de protection de l’eau potable et du foncier agricole. Selon la préfète de l’Ain, la demande d’autorisation d’user de son droit de préemption par GBA pourrait d’ailleurs avoir déjà été validée par ses services.
 
Les Jeunes agriculteurs interpellent Marc Fesneau
 
Dans l’après-midi, Hugo Danancher et Pierre Collet ont aussi interpellé le ministre de l’Agriculture appréhendé par Gilles Brenon en marge du stand départemental. « Avec des animaux nés, élevés et abattus dans l’Ain, nous réussissons à faire respecter la loi EGAlim, c’est-à-dire en appliquant le chiffre symbolique d’un euro supplémentaire par kilo carcasse. Le modèle fonctionne », a lâché le président de Viande des Pays de l’Ain. Les élus syndicaux ont réclamé un geste de l’État pour palier aux difficultés de la profession pour obtenir des prix rémunérateurs face à une grande distribution toute puissante. Pressé par la peur de « se faire disputer » par son Premier ministre en visite sur le stand voisin, c’est dans un premier temps expéditif que Marc Fesneau a accueilli les remarques des agriculteurs qui tentaient de le retenir. Et de répondre sans sourciller que l’État était à l’écoute, se réfugiant derrière les propositions du gouvernement. 
Directeur du centre de sélection de Béchanne, Édouard Jannot a quant à lui sollicité le ministre sur le son projet de conservation des races anciennes de poules. Une piste étudiée par le fleuron aindinois pour diversifier son activité. Attentif, Marc Fesneau a promis qu’il viendrait directement dans l’Ain pour se pencher sur la Volaille de Bresse. 
 
*Groupement foncier agricole mutuel.