EMPLOI AGRICOLE
De nombreuses opportunités encore trop méconnues

D’après les chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA), on dénombrait fin 2018, 704 987 salariés agricoles permanents, dont 268 697 en production agricole, un chiffre en hausse de 5,2 % par rapport à 20161. Le secteur agricole recrute et ce, pour toutes ses filières. Si les métiers de l’agriculture sont réputés durs, ils ont de multiples vertus : travailler pour nourrir les autres, être en connexion directe avec la nature ou exercer dans un environnement aux fortes valeurs humaines. Quels sont les enjeux de l’emploi agricole en France ? Comment rendre ces métiers attractifs et répondre aux besoins du secteur ? Éléments de réponse avec Jérôme Volle, président de la commission employeurs de la FNSEA.

De nombreuses opportunités encore trop méconnues
Les difficultés de recrutement de salariés permanents se font surtout sentir dans les filières d'élevage, notamment pour les agents laitiers. ©P.Dureuil_Cniel
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Jérôme Volle est viticulteur en Ardèche et responsable de la commission employeurs de la FNSEA. ©Actuagri

Le nombre de salariés agricoles est en hausse depuis plusieurs années. Comment expliquer cette augmentation quand le nombre de chefs d’exploitation est lui en baisse ?

Jérôme Volle : « Quand on a un nombre d’exploitants qui baisse et des surfaces par exploitation qui ont tendance à augmenter, l’activité économique est toujours présente. Du coup, de plus en plus d’agriculteurs réfléchissent à embaucher des salariés permanents, que ce soit par le biais de groupements d’employeurs, de services de remplacement, etc. Les exploitations se mettent également à transformer à la ferme et à commercialiser, ce qui demande de la main-d’œuvre et des heures de travail supplémentaires. Tous ces facteurs expliquent l’augmentation du nombre de salariés sur les exploitations agricoles. »

Quels sont les secteurs aujourd’hui les plus pourvoyeurs en emplois salariés ?

J.V. : « Le premier est la viticulture, suivi de l’arboriculture, du maraîchage et de l’horticulture. Sur les emplois permanents, on voit aussi une nette progression du salariat en élevage et en grandes cultures. »

Quels sont ceux qui peinent le plus à recruter ? Pourquoi selon vous ?

J.V. : « Lorsqu’il y a une volonté et un besoin de recruter des salariés permanents, on remarque qu’il y a beaucoup de difficultés dans l’élevage, notamment pour les agents laitiers. En ce qui concerne l’emploi saisonnier, ce sont plutôt les filières arboriculture et maraîchage qui peinent à recruter. Nos métiers sont trop méconnus. Evidemment ils sont difficiles, mais beaucoup de personnes en recherche d’emploi ne pensent pas qu’il puisse y avoir une voie pour eux dans l’agriculture. Nous l’avons constaté l’an dernier : lorsqu’en pleine crise Covid-19 nous avons lancé l’opération « Des bras pour ton assiette », certains n’avaient jamais pensé à l’agriculture comme un secteur leur permettant de trouver du travail. La mobilité est un autre vrai sujet : lorsque l’on travaille en exploitation agricole, on n’est pas forcément au pied d’un arrêt de bus. »

Selon la MSA, 1 640 115 personnes ont bénéficié en 2018 d’au moins un contrat salarié agricole dans l’année. Plus de 70 % de ces contrats sont de type CDD. Comment sécuriser l’emploi agricole ? 

J.V. : « Contrairement à ce que certains pensent, ce ne sont pas des emplois précaires. Nous vivons de saisonnalité en agriculture avec beaucoup de contrats saisonniers, qui sont attachés aux mises en culture ou aux récoltes. Ces contrats sont d’ailleurs plutôt de courte durée, les vendanges qui durent une dizaine de jours en sont un exemple. Ces emplois servent aussi aux étudiants ou à un public local qui cherche un complément au revenu familial. Parallèlement, il y a aussi une hausse du nombre de CDI en agriculture. On constate de plus de plus de créations de groupements d’employeurs, qui sont un moyen de partager des temps de personnel entre plusieurs exploitations qui n’ont pas besoin d’un salarié permanent toute l’année et de pouvoir ainsi créer des CDI. »

La FNSEA souhaite participer à la future campagne de communication du ministère de l’Agriculture. Quels sont selon vous les principaux leviers pour favoriser l’emploi agricole en France ?

J.V. : « Nous avons des atouts à faire valoir : travailler en plein air et avec le vivant, qu’il soit végétal ou animal, cela a pris beaucoup de sens avec la crise sanitaire. Nous avons des moments de plaisir que d’autres métiers n’ont pas. L’autre levier d’attractivité est le revenu : si les exploitations ont plus de revenus, elles paient mieux leurs salariés, ce qui contribue à les attirer plus facilement. Nous devons aussi travailler avec les prescripteurs de l’emploi afin qu’ils ne dévalorisent pas l’agriculture. Nous venons de signer une convention avec Pôle emploi pour permettre d’orienter plus systématiquement les demandeurs d’emploi vers l’agriculture. »

Une nouvelle convention collective nationale entre en application au 1er avril. Qu’est-ce que globalement ça va changer pour le salariat agricole ?

J.V. : « Pour ceux qui sont déjà en place, cette nouvelle convention ne va pas fondamentalement faire évoluer la situation. C’est à nous employeurs de valoriser le nouveau modèle de classification qui prend plus en compte un certain nombre de compétences : il y a une vraie reconnaissance du poste à pourvoir et une meilleure connaissance des marges de progression au sein de l’entreprise. L’autre avantage est de disposer d’un cadre national et donc d’outils d’accompagnement nationaux et de promotion plus larges. »

Nous l’avons vu pendant le premier confinement : sans main-d’œuvre étrangère, l’agriculture française a du mal à pourvoir tous ses postes. Comment rétablir l’équilibre entre le besoin en salariés étrangers et le recours à un vivier plus local ?

J.V. : « D’abord, utiliser les outils que nous sommes en train de mettre en place et aller chercher dans d’autres secteurs, comme la restauration, des personnes qui peuvent répondre à nos besoins d’emploi. Il faut aussi dire aux employeurs de bien identifier et anticiper leurs besoins, la clé est là. Malgré cela, nous n’arriverons pas à couvrir tous les postes seulement avec le public français. Il y a alors deux niveaux : le public étranger hors UE, qui peut poser beaucoup de questions avec des règles sanitaires qui peuvent être compliquées ; et la main-d’œuvre intra-européenne, pour laquelle les frontières sont moins fermées. Nous nous sommes engagés auprès du gouvernement pour réduire le recours aux travailleurs étrangers et consolider la main-d’œuvre territoriale, mais les premiers restent essentiels pour répondre aux besoins à court terme, qui sont de 276 000 salariés dans les trois prochains mois et de 380 000 dans les quatre mois qui viennent… »

Propos recueillis par Sébastien Duperay

1. Source : Chiffres utiles MSA – édition 2020.