Élevage
Augmenter ses chances d’atteindre l’autonomie alimentaire malgré la sécheresse

MLM
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La sécheresse a mis à mal les stocks de fourrage des agriculteurs cet été. Outre la bonne gestion des prairies, le couvert est l’une des voies à explorer pour améliorer ses rendements et optimiser ses chances d’atteindre l’autonomie protéique. 

Augmenter ses chances d’atteindre l’autonomie alimentaire malgré la sécheresse
Pascal Blanc vise l’autonomie protéique en tentant des couverts différents. Photo/MLM

Pascal Blanc est éleveur laitier à l’EARL de Pogevia sur la commune de Sandrans. Sur 180 ha de SAU, dont 107 de prairie, il élève 145 montbéliardes et leur suite. Sur le reste de ses parcelles il cultive maïs, blé, orge et seigle. Malgré un système en pâturage tournant dynamique, l’éleveur a rentré tout son troupeau au 25 juillet cet été. C’est la première année qu’il nourrit 100 % de ses vaches. Avec 4 kg de matière sèche à la mi-septembre, il les complète à l’auge avec de la drêche de brasserie, restée financièrement accessible face à la hausse du coût des tourteaux. Comme pour d’autres agriculteurs, la sécheresse a mis à mal ses stocks cet été. D’ordinaire, il implante un couvert agronomique pour favoriser la dynamisation du sol. Mais pour retrouver une quantité suffisante de fourrages, Pascal Blanc a également opté pour le couvert végétal à destination fourragère à base d’un mélange de sorgho, avoine rude, pois, vesces, moha. « Ça reste quand-même compliqué. Le mieux, c’est de semer dans les deux jours qui suivent la récolte et de travailler en semi-direct à une profondeur de 4 cm. J’ai posté des photos de mes couverts sur mes réseaux sociaux, tout le monde m’a dit que j’aurais dû attendre les pluies, mais je pense que c’est une erreur », explique l’éleveur. Preuve en est, le sorgho sera bientôt ramassé et il a bien donné cette saison (voir photos). Dès qu’il sera ensilé, Pascal Blanc reprendra sa routine automnale en implantant un couvert mélangé de pois, vesces, féverole, avoine avant les maïs du printemps. Avec Rémi Berthet, son conseiller spécialisé en fourrages et agronomie à Acsel conseil élevage, il va également tenter cette année un couvert mélangé de blé (130 kg)/féverole (110 kg) sur deux ou trois ha qu’il valorisera en alimentation dans le but d’augmenter la matière azotée totale (MAT) et limiter l’apport d’intrants. Selon la plante utilisée, il est aussi possible de la vendre.  
 
L’intérêt du sur-semis naturel et du couvert permanent
 
On connait le sur-semis sur les prairies mais le sur semis naturel consiste à laisser les plantes intéressantes monter en graine l’été (graminées comme légumineuses). Combiné à du topping ou à des fauches de nettoyage au mois de mai, il permet d’avoir des parcelles propres et garnies. « Avec des étés comme on a eu cette année, il y a toujours des trous, donc le fait d’avoir un sur-semis naturel va permettre de compléter et d’équilibrer la prairie, explique Rémi Berthet. Dans l’Ain, le semis sous couvert est bien connu pour le méteil ou les prairies. Si ce n’est pas prévu pour l’année prochaine, l’éleveur souhaiterait aller encore plus loin en s’essayant le couvert permanant. L’idée, c’est de laisser le couvert vivre sous plusieurs cultures. En grandes cultures, le couvert permanent se fait déjà beaucoup dans d’autres départements comme la Nièvre, mais encore très peu dans le département. » Mais si la pratique est loin d’être généralisée, pour Pascal Blanc tout le monde devra s’y mettre un jour où l’autre : « Il faut qu’on progresse parce qu’à terme je pense qu’on travaillera de moins en moins en monoculture. Les bénéfices sont clairs, du point de vue de la mécanisation, de la vie des sols et des intrants. Mais il faut du temps, c’est certain, ça ne se fait pas en cinq ans. » L’exploitant imagine la suite avec des couverts permanents sur trois ans à base de trèfle auquel on associe des céréales chaque année. Selon Rémi Berthet, le trèfle est une valeur sûre : « C’est une plante de soleil. Le trèfle va pousser après la moisson du colza. Dans la Nièvre (où cela se fait, NDLR), la rotation classique c’est colza, puis deux années de blé. Ensuite, ils détruisent chimiquement le trèfle et ils mettent du maïs à la place. L’avantage, c’est que la légumineuse apporte de l’azote pour le maïs avec une bonne structure du sol puisque tout se faire en semi-direct. » Le trèfle blanc est particulièrement recommandé. À chaque fois qu’un stolon de la plante meurt il libère de l’azote. C’est la seule légumineuse qui fournit de l’azote tout le long de son cycle. Et dans tous les cas, le couvert est valorisé, soit grâce au pâturage, après la moisson de la céréale, soit en fauche. Les céréaliers purs le fauchent et le laissent au sol, ce qui permet de garder un sol propre, de l’humidité et de limiter les intrants. 

Abreuvement : anticiper pour les années à venir
Pascal Blanc a investi dans un système de désinfection de l’eau, acheté chez Natur’Aqua pour 24 000 €. Photo/MLM

Abreuvement : anticiper pour les années à venir

Avec les températures élevées, la THI a été particulièrement élevée cet été, jusqu’à atteindre plus de 80, synonyme de stress thermique sévère. Selon Rémi Berthet, les 10 cm d’eau par vache réglementaires ne sont pas toujours assurés : « Il y a encore des efforts à faire, aussi bien au pâturage qu’à l’auge ». Pourtant pour limiter le stress thermique, l’accès à une eau de qualité est prioritaire devant la ventilation. C’est pourquoi Pascal Blanc a investi cet été dans un nouveau système de désinfection de l’eau, en service depuis trois semaines. « Sur le plan bactériologique, je n’étais pas dans les clous, et j’ai eu des mammites en pagaille l’hiver dernier », explique-t-il. Comme il vise l’autonomie partout, l’éleveur ne pratique pas le post-trempage, avoir une qualité de l’eau irréprochable est donc essentiel dans ces conditions. Mélangée à du sel, l’eau permet de créer de l’anolyte neutre par électrolyse. Celle-ci est ensuite stockée dans une cuve de 1 000 litres avant d’être pompée pour traiter l’eau de l’abreuvement. La solution détruit le biofilm accumulé dans les canalisations. Par réaction physique, lorsqu’elle passe dans un réacteur, l’eau traitée améliore également l’hydratation et la santé des animaux (régulation de la flore, renforce la structuration osseuse, favorise l’oxygénation des cellules, etc.). Pascal Blanc envisage même de valoriser l’anolyte neutre en culture pour limiter les adjuvants. L’éleveur a aussi acheté dix bacs en béton de 2 200 litres chacun pour l’abreuvement de ses vaches chez Pâture vision. Cet été il a également fait enterrer 1 km de tuyaux de 32 mm de diamètre pour remplacer ses tuyaux de 25 mm, d’un débit insuffisant. L’infrastructure permet aux vaches de profiter du nouveau système eau au pâturage. 
Et pour économiser l’eau des sols, rien de mieux que d’éviter le sur-pâturage. « Pour la prairie, le surpâturage une catastrophe et on le voit encore pas mal chez certains allaitants, souligne le conseiller. Le problème, c’est que plus le soleil atteint la terre, plus le sol se réchauffe et on perd alors beaucoup d’eau par évaporation. Il faudra alors beaucoup plus d’eau à la fin de l’été pour que les prairies repartent, ce qui veut dire des rendements en moins. » Dans l’idéal, mieux vaut privilégier les parcelles parkings.