VALORISATION DU BOIS DE HAIES
Techniques et avantages d’utiliser la plaquette en litière

Patricia Flochon
-

Bien-être des animaux, atouts économique, sanitaire et agronomique, la valorisation de la plaquette en litière présente de multiples avantages en élevage. La plaquette bocagère, une solution qui répond à l’enjeu d’une gestion durable des haies. 

Techniques et avantages d’utiliser la plaquette en litière
La plaquette bocagère, une réponse aux enjeux de gestion durable des haies et aux multiples atouts lorsqu’elle est utilisée en paillage animal. ©Shawn Hempel

L’utilisation de plaquette bocagères produites localement est une valeur sûre pour valoriser les haies de son exploitation agricole. Ainsi que l’explique Jean-Daniel Ferrier, chargé de mission en développement d’énergie renouvelable à la Chambre d’agriculture de l’Ain et membre de l’équipe régionale énergie : « Plus que jamais, le bocage est un capital économique, écologique et patrimonial à préserver et à valoriser. L’association Bois Agri-Local Aindinois s’inscrit dans une démarche de développement durable et contribue à l’entretien des haies et du paysage ». Créée en 2019, ce collectif d’agriculteurs (une cinquantaine d’adhérents aujourd’hui) s’est donné les moyens de ses ambitions. Accompagnée par la Chambre d’agriculture et la fédération des Cuma de l’Ain, elle s’est donnée pour objectifs de développer les outils et moyens pour valoriser le bois issu des exploitations (biomasse, énergie, paillage…), préserver et régénérer le bocage par des pratiques adaptées, favoriser la réappropriation de savoirs et savoir-faire nécessaires à un entretien durable de cette ressource, optimiser la qualité et la valorisation des produits et les promouvoir. Qu’il s’agisse de bois énergie ou de paillage des bovins, la plaquette bocagère s’affirme comme une « haie’nergie verte », solution d’avenir à bien des titres.  

De « l’haie’nergie verte » en litière

Seule, ou en mélange avec de la paille, la plaquette bocagère présente de multiples avantages. Sur le volet « bien-être des animaux », les utilisateurs font le constat que la litière est plus sèche en surface que la paille, avec absence de jus et une bonne portance. A la clé : une meilleure propreté des animaux. L’aspect visuel de la litière, plus sombre, est parfois trompeur, la plaquette noircissant très vite ; mais l’état corporel des animaux parle de lui-même. Le retour des éleveurs est globalement très positif faisant état d’une litière « stable, qui résiste bien au piétinements, idéale sur des zones très sollicitées ». Des animaux qui l’apprécient autant, voire davantage qu’un couchage sur paille. Pour un confort optimal, privilégier une taille de plaquette de 2,5 à 3 centimètres pour les bovins. Autres constats : pas d’ingestion par les animaux des plaquettes. Ces dernières ne se coincent pas dans les sabots. (A contrario, on privilégiera des plaquettes de grosse taille pour les ovins afin d’éviter qu’elles ne se coincent dans les onglons). Sur un sol bétonné humide, une couche de plaquettes réduit le risque de glissades. Et en été le couchage est plus frais. En résumé, la plaquette présente un fort pouvoir absorbant de l’humidité (autant que la paille) et un drainage efficace (jusqu’à 350 l/m3) ; une bonne portance, résistance au tassement, les animaux « ne s’enfoncent pas ». En sous-couche, elle permet la réduction de la fréquence du paillage par son action drainante importante (un matériau qui s’écrase moins et la paille ajoutée au-dessus restant propre plus longtemps).

Bénéfices sanitaires dans l’approche globale de la santé du troupeau

Toujours selon Jean-Daniel Ferrier, « les plaquettes présentent un environnement moins favorable au développement bactérien, par un échauffement moindre et une humidité plus faible ». (Litière paille : 47 % de matière sèche ; litière plaquette : 57 % de MS). Et d’ajouter : « Chez les jeunes animaux, on constatent moins de gros nombrils sur les veaux et une réduction des coliques. Chez les animaux adultes : moins de mammites et moins de blessures. Une réduction des nuisances olfactives, la litière étant peu odorante du fait d’un dégagement d’ammoniac plus faible. En termes de qualité de l’air : peu de poussière observée ». Autre avantage non négligeable : la présence réduite des mouches, ces dernières aimant pondre dans les zones humides et riches en matières organiques, qui sont limitées en litière plaquettes et plus particulièrement à la base des murs. En bref, « une action antimicrobienne conférée par la couche de plaquettes qui jouerait un rôle de barrière vis-à-vis des microorganismes du sol. La limitation de l’échauffement de la litière et le bon état de propreté sont un gage de maintien de la bonne santé animale ».

Le séchage et stockage, gage d’efficacité de la litière

Pour optimiser au maximum l’efficacité des plaquettes en litière, il est fortement conseillé de les sécher et les stocker dans de bonnes conditions. (Même si de bons résultats sont déjà obtenus avec une plaquette stockée à l’extérieur non bâchée). Un séchage naturel permet de passer de 40-45 % (sève descendante) ou 50-55 % (sève montante) à 15-25 % d’humidité. Le séchage sera favorisé par deux phénomènes : la ventilation et la montée en température. « La bonne circulation de l’air favorise l’évacuation de l’humidité. Il faut donc éviter les stockages contre des murs en béton ou des bardages métalliques pleins. Stocker contre des matériaux pleins risque par ailleurs de créer une condensation au point de contact et des développements de moisissures. Il est préférable de favoriser les bardages ajourés et ventilés », précise Jean-Daniel Ferrier. Et d’ajouter : « La fermentation du bois le fait monter en température. Favoriser donc le broyage de bois coupé depuis moins de six mois, qui fermentera et montera plus facilement en température et éviter les tas trop petits qui se refroidissent trop rapidement. La température ne dépasse pas les 70°C, il n’y a pas de risque d’auto-inflammation ». Pour parfaire le séchage, le stockage peut être réalisé sous bâche transpirante (type bâches à compost) ; ou sous hangar ou stabulation, en général directement dans le bâtiment ou sera utilisée la plaquette en paillage animal (bovins, ovins, caprins…).

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter l’Association Bois Agri-Local Aindinois : [email protected] 

Les différentes utilisations possibles en litière…

Monocouche bois 

Une seule couche de bois de 30 cm ou plus. Brassée une ou plusieurs fois par semaine, ou non retravaillée, au choix de l’éleveur. Trois à huit mois sous les animaux.

Multicouche bois 

Litière 100 % bois. Apport d’une première couche de 10 à 15 cm en moyenne. Ajout plusieurs fois par semaine d’une petite couche (inférieure à 5 cm) ou toutes les deux à trois semaines d’une couche plus importante selon les éleveurs. Deux à trois mois sous les animaux.

Sous-couche bois + paille 

Une sous-couche de bois très variable de 5-7 cm à 15-20 cm. Puis ajout de paille quotidien ou une fois par semaine selon les éleveurs. Un à cinq mois sous les animaux.

Millefeuille bois – paille

Alternance bois – paille. Une sous-couche de bois de 15 à 20 cm en moyenne. Puis ajout de bois et/ou paille en petites couches. Deux à six mois sous les animaux. 

A noter que les bois scolytés (attaqués par les insectes xylophages et secs sur pied) en forêt peuvent être également utilisés. 

(Source : Jean-Daniel Ferrier, Chambre d’agriculture de l’Ain)