SYNDICALISME
Un « Jeudi de l’agriculture » sur une exploitation maraîchère

Changement de décor pour les Jeudis de l’agriculture la semaine passée. Après la montagne le mois dernier, rendez-vous était donné jeudi 20 juin à Manziat, en Bresse et Val de Saône. FDSEA et Jeunes Agriculteurs, à l’initiative de ces rencontres, ont sollicité le Gaec des Pinoux pour présenter leur production, témoigner et alimenter le débat avec des élus, agriculteurs et partenaires agricoles du secteur. 

Un « Jeudi de l’agriculture » sur une exploitation maraîchère
Élus et agriculteurs présents au rendez-vous. ©PF

La pénurie de main d’œuvre toujours prégnante

Les deux associés maraîchers – Régis Colas, installé en 1996, et Romain Revel, installé en 2008 – exploitent une surface de 40 ha de légumes. Ils emploient quatre salariés à plein temps et cinq jeunes l’été en contrat Tesa de juin à fin juillet. Une production commercialisée via l’OP Légumes de la coopérative Agrial, dont Régis est référent Région. Premier sujet abordé par les maraîchers : la difficulté à trouver de la main d’œuvre. « Nous avons quatre salariés de nationalité espagnole. Les salariés français, on ne connaît plus. Ça se passe très bien, mais on se rend compte que la main d’œuvre, c’est compliqué partout », souligne Régis Colas. Deuxième problématique soulevée : l’irrigation. Et de poursuivre : « Nous avons des cahiers des charges à respecter. Pour vendre des légumes, il faut de la qualité. Je ne suis pas contre les règles, mais cela nous met des contraintes supplémentaires, on travaille la nuit… Même chose pour les produits phytos. Moins on pulvérise, mieux c’est économiquement. Mais la qualité sans les médicaments c’est hyper compliqué. Sans phytos, on n’est pas des magiciens. » 

Jérôme Martin, secrétaire général de la FDSEA, saisit la balle au bond : « il faut redonner de l’attrait à notre métier et on n’arrivera alors peut-être à séduire plus de jeunes pour s’installer ou être salariés. A la FDSEA, nous avons mis en place le service Agri Emploi permettant de répondre au besoin de main d’œuvre. Mais depuis quelque temps, on a aussi du mal à recruter. Nous travaillons aussi au niveau national pour simplifier les démarches. »

Des législatives qui rebattent les cartes

Mais pour transmettre, Jérôme Martin rappelle que « le maître mot, c’est la rentabilité. » Rentabilité, répartition des marges, souveraineté alimentaire, respect de l’étiquetage des produits et traçabilité… autant de sujets sur lesquels JA et FNSEA ont fait de multiples propositions au Gouvernement lors des mobilisations de ces derniers mois. Alors que certaines avancées se font jour, la dissolution de l’assemblée nationale et les prochaines législatives laissent la profession quelque peu dubitative quant à la suite donnée à court et moyen termes aux dossiers prioritaires. « Beaucoup de travail a été fait. Mais pour l’heure on n’est pas très serein. Quel sera l’avenir ? Il y aura certainement besoin de se refaire entendre après les élections, mais pur avoir un consensus à l’assemblée nationale dans les prochains mois, ça va être un peu compliqué, suppute Jérôme Martin. L’important, c’est que les choses avancent et qu’elles avances dans le sens des agriculteurs. » Tout en rappelant l’importance de l’implication du monde agricole à l’échelon communal, via une présence des agriculteurs au sein des conseils municipaux.

« La force du réseau »

Autres sujets d’actualité abordés : la répartition des marges, la sécurité, les vols et les problèmes de voisinage, ou encore la gestion de l’eau… « Lorsque l’on voit les prix dans les GMS, on se dit qu’il y a un truc qu’on a raté. Concernant la sécurité, un drone a surveillé dernièrement une exploitation à Feillens. Sans compter les vols de GPS, de fioul, de matériels, du vol dans les parcelles… », s’insurge Régis Colas. Sur le volet gestion de l’eau, Jérôme Martin rappellera quelques minutes plus tard le travail mené par la Chambre d’agriculture et la Direction départementale des territoires sur plusieurs projets de stockage d’eau collectifs : « L’eau, c’est un enjeu d’avenir pour l’agriculture. Pour pouvoir installer, il faut garantir une production à peu près linéaire. » Autre enjeu : la préservation du foncier pour maintenir une souveraineté alimentaire. Et le secrétaire général de la FDSEA de conclure : « Dans l’Ain, nous avons une très bonne écoute de la part de la DDT et de la préfète, ce qui n’est pas le cas partout. Pourquoi ? Parce que l’on arrive avec des propositions, avec des mesures qui permettent d’avancer, aussi bien pour l’Etat que pour le milieu agricole. C’est la force du réseau JA/FDSEA/Chambre d’agriculture. »

Patricia Flochon