AGROALIMENTAIRE
Le positionnement de la France s’est effrité

En dix ans, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire de la France s’est dégradé. Il traduit une perte de notre compétitivité à l’exportation comme sur notre marché domestique, indique FranceAgriMer dans son étude « Compétitivité des filières agroalimentaires françaises ».

Le positionnement de la France s’est effrité
Deuxième exportateur mondial au début des années 2000, la France est depuis 2015 descendue à la sixième place.

Entre 2004 et 2019, le solde commercial agricole et agroalimentaire de la France a connu d’abord une période de croissance culminant à 11,9 milliards d’euros en 2011-2012 avant de chuter à 5,5 milliards en 2017 puis de remonter légèrement en 2018-2019, observe FranceAgriMer. Pour l’office cette dégradation est le fait d’une croissance des exportations plus faible que celle des importations. Corrigées de l’inflation, les exportations françaises ont même stagné entre 2011 et 2017 avant de repartir légèrement à la hausse en 2018 et 2019. Dans le même temps, les importations ont poursuivi leur croissance avant de marquer le pas depuis 2017. Cette faiblesse des exportations françaises concerne d’abord le marché européen. Alors que le solde grand export a progressé (+ 70 % d’exportations vers les pays tiers en 15 ans), tiré par les ventes vers l’Asie et l’Amérique du Nord, la balance commerciale avec le reste de l’Union européenne est devenue négative en 2015 et ce déficit ne cesse de s’accroître depuis.

L’exception viticole

En dehors des vins et spiritueux qui tirent nos exportations et de la bonne résistance de la balance commerciale pour les animaux vivants et la génétique, la situation se dégrade, surtout sur les produits transformés. L’érosion du solde commercial est particulièrement préoccupante pour les fruits et légumes mais se dégrade aussi fortement pour les viandes, les produits de la pêche et de l’aquaculture ou les produits d’épicerie, note FranceAgriMer. Depuis 2006, le solde commercial des produits agroalimentaires transformés hors vins et spiritueux est déficitaire et la tendance est à l'augmentation de ce déficit. La dégradation de notre balance commerciale concerne aussi bien une perte de parts de nos marchés à l’export que l’essoufflement de nos positions sur le marché domestique, souligne FranceAgriMer. Deuxième exportateur mondial au début des années 2000, la France est depuis 2015 descendue à la 6e place. Cette érosion des parts de marché concerne tous les secteurs même ceux pour lesquels la France est vraiment performante comme le vin. Elle est particulièrement marquée pour les céréales, les fruits et légumes, la pêche et l’aquaculture et les viandes. Concernant le marché domestique, les taux de dépendance de notre consommation intérieure sont très variables. La France est structurellement très dépendante des importations (plus de 30 %) pour la viande ovine, les fruits tropicaux et agrumes et, désormais également, pour les fruits frais tempérés, le blé dur, le riz, le soja et ses dérivés ainsi que les produits aquatiques. Au-delà des dimensions structurelles (cas des fruits tropicaux), les importations progressent même pour certains secteurs emblématiques comme le vin, la viande de volaille, les fruits, les fromages, le blé dur et les oléagineux.

Contraintes environnementales

Au-delà des pertes de marché liées au fait que nos exportations sont dirigées vers des marchés moins porteurs que la moyenne mondiale et de l’effet sectoriel propre à certaines filières moins dynamiques, la France souffre d’un déficit de compétitivité « pure ». D’une façon générale, l’analyse des professionnels réunis au sein de groupes de travail constitués par FranceAgriMer confirme celle qui est décrite dans la littérature. Ainsi les opérateurs citent l’importance du coût du travail mais relativisent son impact, sauf pour quelques productions végétales très intensives en main-d’œuvre comme les fruits et légumes et vins d’entrée de gamme, notamment vis-à-vis des autres pays de l’Union européenne. Finalement, le coût du travail est pénalisant mais n’est pas forcément le facteur premier. Les groupes filières pointent également, à l’amont comme à l’aval, la relative faiblesse de la formation professionnelle et le déficit d’attractivité́ lié, entre autres, à l’image négative des métiers dans le secteur. Les constats des groupes de travail filières et de la littérature se rejoignent également surtout sur l’importance des autres charges en production agricole pour expliquer l’érosion de notre compétitivité. Ainsi sont particulièrement visés nos handicaps pour la protection des cultures (moindre disponibilité en termes de solutions de lutte), pour les apports en engrais, et plus largement l’accès aux moyens de production (incluant l’eau), la mécanisation et son corollaire, l’entretien des matériels et bâtiments ou encore l’accès aux biotechnologies végétales.

L’atout incertain des standards qualitatifs

Comme la synthèse bibliographique, les groupes de travail montrent une nouvelle fois l’importance d’être fort sur le marché domestique pour être compétitif à l’extérieur. La situation de ce point de vue est très différente d’une filière à l’autre mais, en dehors de quelques secteurs, les perspectives de développement sur le marché national sont limitées (marchés matures voire en décroissance), note FranceAgriMer. La pression déflationniste exercée par les grandes surfaces comme le renchérissement de certains coûts ne favorisent pas cette capacité à dégager, sur le marché intérieur, les ressources et la rentabilité permettant d’être agressif sur les marchés étrangers plus dynamiques, notamment les marchés de commodités. Concernant la segmentation des marchés et la différenciation qualitative, les analyses issues de la littérature et des groupes professionnels se rejoignent aussi largement. Le développement des signes officiels de qualité (appellations d’origine, label rouge, agriculture biologique) ressort ainsi comme un véritable atout pour les filières françaises en particulier sur son marché domestique. Pour certains produits (vins, produits laitiers), ce positionnement sur les signes de qualité est aussi un vrai atout à l’international, permettant soit de gagner des parts de marché, soit de vendre des produits à un prix plus élevé. Mais cela ne peut pas être généralisé. Les groupes confirment que certains consommateurs étrangers n’y sont pas sensibles, et certains marchés internationaux sont de fait des marchés de commodités pour lesquels les standards de qualité (propriétés technologiques, exigences sanitaires) sont définis internationalement et considérés comme prioritaires.

En dehors des vins et spiritueux qui tirent nos exportations et de la bonne résistance de la balance commerciale pour les animaux vivants et la génétique, la situation se dégrade, surtout sur les produits transformés.